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L’opération de charme du régime iranien bat son plein et semble d’ores et déjà couronnée de succès. Les quelques jours passés à New York dans le cadre de la 68e Assemblée Générale de l’ONU ont porté leurs fruits et le nouveau président iranien Hassan Rohani est rentré en triomphateur à Téhéran. Pourtant, si l’entreprise visant à redessiner une image plus positive du régime à l’étranger est en marche, peu de doutes subsistent quant aux réelles intentions du régime et sa véritable nature.

L’Iran est un redoutable joueur d’échecs. Les désillusions nées des premières années de l’ère des ayatollahs l’ont obligé à adopter des stratégies complexes qu’il est difficile de contrer pour ses interlocuteurs et adversaires. Le serpent de mer qu’est le nucléaire illustre mieux que tout autre chose la faculté du régime iranien à se jouer de tout le monde, à gagner du temps et finalement à obtenir ce qu’il souhaite.

Alors que le monde a appris à détester le Syrien Bachar el-Assad, grand allié de l’Iran au Moyen-Orient, Téhéran se paye le luxe de remodeler une image beaucoup plus positive qui priverait ses ennemis les plus belliqueux – Israël en tête – de frapper ses installations nucléaires, lesquelles tôt ou tard seront en mesure de produire des armes de destruction massive. Ce dernier terme est à manier avec des pincettes tant il a été galvaudé ces dernières années par des Etats-Unis trop sûrs de leur fait et prêts à berner la communauté internationale pour poursuivre leur objectif de « regime change ». Il n’en demeure pas moins que l’Iran surfe sur une vague puissante et que le régime fragilisé par les sanctions internationales pourrait une fois encore s’en sortir et s’en trouver renforcé.

Sourires new-yorkais et massacres en Irak

Arrivé à New York avec pour objectif bien compris de sortir d’un isolement qui pèse de plus en plus sur des dirigeants iraniens incapables de juguler l’explosion de l’inflation et un chômage endémique, Rohani a joué plusieurs cartes qui semblent avoir payé. La première fut une rencontre largement reprise dans les médias entre François Hollande et lui. Photos prises sous toutes les coutures, discours rassurants et un entretien de trois quarts d’heure qui « en appelle d’autres » pour reprendre les mots d’un président français visiblement conquis.

Le discours prononcé à la tribune de l’ONU a marqué une autre étape importante de l’objectif de séduction menée par le soi-disant modéré Rohani. En effet, malgré les paroles de paix : « Nous défendons la paix basée sur la démocratie et le bulletin de vote partout dans le monde, y compris en Syrie et au Bahreïn et dans d’autres pays de la région », le bilan de Rohani est déjà condamnable. Pur produit du système des ayatollahs, il ne dévie pas d’un iota de la ligne tracée par le guide suprême Khamenei, seul véritable décisionnaire dans la « démocratie » iranienne. Rien ne se fait sans l’aval de ce dernier et si Rohani se plait à souffler le chaud aujourd’hui c’est que Khamenei avait donné l’autorisation à Ahmadinejad de souffler le froid…

Derrière les paroles rassurantes se cache une tout autre réalité que la communication iranienne, bien rodée au jeu médiatique, tente avec un certain succès d’étouffer. Moins d’un mois avant le déplacement new-yorkais du président iranien, les forces de sécurité irakiennes, sur instruction de leur allié uranien, ont perpétré un massacre dans un camp de réfugiés iraniens hostiles au régime des mollahs. Obligés de fuir les persécutions de 1988 qui ont fait 30 000 morts parmi les membres du Conseil national pour la Résistance iranienne, beaucoup d’Iraniens sont venus se réfugier chez le voisin irakien. Un voisin devenu bourreau le 1er septembre dernier avec 52 personnes désarmées assassinées et la prise en otage de sept autres réfugiés du camp d’Achraf. Un crime pour lequel les auteurs ne seront certainement jamais condamnés.

Cet effroyable épisode montre que le régime n’a aucunement changé et n’en a pas plus l’intention. La conversation téléphonique entre Hassan Rohani et Barack Obama a été l’objet d’heures de discussions passionnées sur les chaînes d’information. Un coup de fil dont les retombées médiatiques préparées et exploitées à fond par le régime sont plus importantes que la nature des échanges eux-mêmes tenus entre les deux présidents.

L’Iran est prêt à négocier sur le dossier nucléaire affirme Rohani. Certes, mais ce dernier s’est gaussé d’avoir trompé ses interlocuteurs occidentaux sur ce même dossier lorsqu’il était à la tête des négociateurs iraniens. Il reconnaît et condamne les crimes nazis envers les juifs. Certes, mais cela ne change en rien la haine du régime à l’égard d’Israël qu’il tente d’intimider avec une arme nucléaire qui prend un peu plus forme à chaque semaine qui passe.

L’Iran n’a pas changé. Seuls les discours se font plus pacifiques et amicaux. Pendant que l’Occident s’interroge sur la sincérité de Rohani, les mollahs gagnent du temps. Un temps précieux qu’ils savent exploiter au mieux. Si Paris et Washington ont perdu de leur capacité d’analyse, Téhéran ne perd pas le Nord et encore moins ses objectifs.

 

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