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En Europe, l’espionnage de la NSA contribue à éroder considérablement la confiance envers les États-Unis. En revanche, sur place, c’est l’impuissance européenne à endiguer la crise qui effraie les leaders.

Il est évident que l’exaspération ressentie en Europe après le scandale des écoutes américaines place Washington dans une situation compliquée. Pourtant, loin de la colère suscitée en Europe, à New York, et principalement à Wall Street, où les limites entre praticité et sarcasmes sont faibles, le vent du boulet diplomatique n’a pas fait long feu.

De ce côté là de l’Atlantique, les choses sont bien différentes : dans le monde de la finance, dont certains protagonistes, il faut le rappeler, ont travaillé pour les services secrets, la controverse entraînée par l’espionnage américain est considérée comme vaine. Par ailleurs, elle apparaît comme un nouvel essai de la part de l’Union Européenne d’occulter ses véritables difficultés.

Cette réaction, assez cynique et suffisante, il faut en convenir, dénonce des faits objectifs. Vu sous l’angle américain, il est commun de penser que cette incapacité européenne nécessiterait au moins le même traitement dans les médias que le scandale des écoutes. Les acteurs américains de la vie économique et de la finance, sont de plus en plus persuadés de la prochaine implosion de l’Europe, du moins, de son éparpillement.

Ils sont convaincus que la zone euro est en perte de vitesse. C’est d’autant plus grave car l’impulsion antérieure la poussait vers l’unité politique. D’autre part, les réformes systémiques qui, dans un premier temps, ont aidé les pays limitrophes à moderniser leur économie et leurs institutions ne sont pas loin de capoter.

On ne peut pas dire aujourd’hui, que le marché européen fait preuve d’unité. Ainsi, seulement onze pays de l’Union européenne se sont ralliés à la taxe Tobin. Cela accentue, en terme de concurrence, la possibilité de nouvelles inégalités sur un marché financier, qui en théorie, est une place commune.

Malgré tout, la position du monde de la finance est ambivalente aux États-Unis. D’une part, il prédit que l’euro va boire la tasse dans un peu moins d’un an. D’un autre côté, l’injonction de la Fed et du Trésor pour un dollar faible, permet aux spéculateurs de parier sur un euro fort. La monnaie européenne est soutenue de façon virtuelle à un haut niveau pour éviter de voir ralentir davantage l’économie européenne et plonger l’Europe dans une crise encore plus marquée.

Paradoxalement, alors que la rumeur d’un faux-pas des États-Unis était persistante ces derniers temps, le cours des bons du Trésor et des titres d’État n’ont pas arrêté de monter, comme si la possibilité d’une faiblesse américaine n’existait pas.

Ce qui est passionnant est de voir comment cette configuration d’éléments financiers se mélange à des faits politiques et diplomatiques. Quand la presse européenne dénonce les Etats-Unis à propos des écoutes de dirigeants européens, les médias américains eux, traitent en premier lieu l’accentuation de la crise de l’euro, le délitement d’union politique européenne et la diminution de l’influence de l’Europe, d’un point de vue politique et financier, à l’échelle internationale.

Dans l’environnement économique qui est le notre aujourd’hui, la globalisation interdit toute décision prise seule, et les différences d’intérêts débouchent forcément sur l’immobilisme. Malheureusement, personne n’arrive à imaginer un nouveau dispositif économique ou n’essaie d’en construire un, à cause notamment, de la peur d’une accentuation de la crise. Les acteurs économiques, comme les dirigeants, ou les institutions internationales, n’ont aucune visibilité sur le futur. Résultat, le prévoir est impossible et tout le monde se contente de se laisser porter, sans se projeter.

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