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Mauvaise nouvelle pour la démocratie : des centres d’endoctrinement islamistes vont accueillir tous les lycéens en échec scolaire. Erdogan poursuit méthodiquement son programme, avec l’embrigadement des écoliers et le contrôle des cerveaux.

Islamisation à marche forcée. Pour le pieux président Recep Tayyip Erdogan : 40 000 écoliers fréquentent d’office en cette rentrée les « imam hatip ».

Les « iman hatip », des écoles intégristes

La Turquie laïque est à l’agonie. Alors, dans un dernier souffle, elle manifeste. Depuis le 15 septembre, des parents d’élèves marchent dans toutes les grandes villes du pays pour refuser qu’on envoie leurs enfants dans des lycées islamiques.

La nouvelle loi d’orientation prévoit en effet un inquiétant cursus pour les élèves à l’entrée au lycée. Si leurs résultats sont médiocres, les enfants sont dirigés vers les écoles « imam hatip ». Ces « écoles de l’imam du prêche du vendredi », en turc, sont des établissements particulièrement câlinés par le très pieux président islamiste Recep Tayyip Erdogan.

Selon Jean Marcou, chercheur associé à l’Institut Français d’Études Anatoliennes d’Istanbul, ces établissements sont à l’origine des « écoles coraniques de prédicateur », mais en réalité, « elles sont devenues au fil du temps des établissements religieux confessionnels où les élèves sont soumis à un cursus de cours comparable à ceux des écoles publiques, mais avec des cours de religion plus charpentés et une sensibilité religieuse plus marquée de l’ensemble du système. »

Seulement 2% des écoliers les fréquentaient avant l’arrivée de l’AKP – parti pour la justice et le développement – au pouvoir. Aujourd’hui, ces centres d’endoctrinement, réfractaires à tout enseignement moderne et ouvert, accueilleront l’intégralité des jeunes dont les notes auront été jugées trop faibles pour l’enseignement général.

40 000 écoliers sont concernés

En cette rentrée, 40 000 écoliers ont déjà été inscrits d’office. C’est un peu comme si un collégien français était orienté vers une école intégriste catholique en classe de troisième, parce qu’il n’a pas eu la moyenne en maths … Une très mauvaise nouvelle pour la démocratie.

Voilà pourquoi les Turcs manifestent, toutes confessions et origines confondues : Arméniens, Kurdes, sunnites modérés, athées et alévis. Les alévis représentent 20% de la population. Ils forment une branche originale du chiisme, égalitaire et universaliste. Éternels persécutés sous l’Empire Ottoman, ils furent sauvés par Atatürk. Aujourd’hui discriminés par l’AKP, ils sont les premiers visés par cette radicalisation.

De son côté, la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné la Turquie pour « violation du droit à l’instruction », mais le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu voit dans l’enseignement religieux « une nécessité » pour éviter la radicalisation observée dans les pays voisins.

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