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Voici que la Chine vient marcher sur les platebandes de la France qui avait pignon sur rue sur le grand marché du nucléaire, et ce grâce aux technologies qu’elle tient justement de son partenariat avec EDF. Ce n’est qu’un exemple de plus de la capacité de la Chine à se hisser au rang de compétiteur mondial sérieux sur un secteur qu’elle maîtrisait à peine il y a encore quelques dizaines d’années. La France, toute déconfite de voir les compétences qui font sa réputation filtrer vers la Chine dont la force de frappe financière et la croissance sont considérables, aurait tendance à devenir amère et à retirer aux Chinois le mérite de leur succès. Mais celui-ci, s’il s’appuie sur des savoir-faire acquis, ne serait pas s’il n’était pas porté par de véritables entrepreneurs qui ne doivent en rien leur audace à la France. Guo Guangchang, fondateur du groupe Fosun, en est le parfait exemple.

 

Les risques de transferts de technologie lors des partenariats commerciaux franco-chinois sont un sujet de préoccupation de taille pour le Gouvernement français et les entreprises. En premier lieu dans le domaine viticole. Apeurée par la contrefaçon et la concurrence déloyale, mais aussi de perdre ses avantages de compétitivité face à un pays qui ne demande qu’à progresser, la France rechigne à dévoiler ses bottes de Nevers.

Parfois, elle y est contrainte. Fait édifiant : à la suite de relations sino-françaises tourmentées du fait d’une enquête antidumping lancée par Pékin à l’encontre des importations de vins européens, un accord avait été trouvé stipulant que la China Alcoholic Drinks Association (CADA) s’engageait à retirer sa plainte à l’encontre des vins provenant de l’Union européenne (UE). En échange, les Européens s’engageaient à transférer le savoir-faire européen en la matière sous la forme d’un cadre de coopération technique.

Le secteur viticole n’est pas le seul concerné. C’est aussi le cas des grandes chaînes d’hôtellerie restauration étrangère, dont des chaînes françaises, qui ont toujours besoin de faire venir des expatriés européens en Chine pour accompagner l’implantation de leurs hôtels dans le pays de l’Empire du Milieu et former les employés chinois qui n’ont en effet pas la culture du management et du service qui fait la réputation des établissements européens et américains.

Plus récemment, la China National Nuclear Corporation (CNNC) a fait connaître sa volonté d’exporter sa technologie nucléaire et a signé avec Nucleoelectrica Argentina (Na-Sa) un accord prévoyant qu’elle fournisse à l’Argentine « un soutien technique, des services, des équipements » pour la construction d’un quatrième réacteur. Son expertise lui provient en grande partie des ingénieurs français d’EDF du temps où l’entreprise était venue accompagner le développement de la filière au début des années 1980, mais aussi des Américains et des Russes. La Chine intègre alors la compétition internationale sur ce marché et c’est toujours une ombre de plus sur l’horizon français, une ombre de taille.

La fierté mal placée des Occidentaux

Sans doute pour dissimuler cette crainte de se voir dépasser sur ce qui fait leur fierté, les Occidentaux auraient tendance à gonfler leur ego immodérément ainsi qu’à outrepasser leur statut de simples enseignants pour finir par agir et par penser comme de vulgaires colons. Il existe une forme de mépris à l’égard des Chinois qu’il n’est pas question de considérer comme des égaux, car il leur manquerait ce professionnalisme et cet esprit d’initiative si valorisé sur le vieux continent, et outre-Atlantique.

Dans les faits, il n’y a pas vraiment de quoi pavaner. Ce n’est pas comme si la France pouvait s’appuyer sur des chiffres de croissance mirobolants pour démontrer une quelconque supériorité.

Il est toujours bon de piquer le ballon de baudruche et de rappeler tout ce petit monde à plus d’humilité en citant des noms d’entrepreneurs chinois dont la réussite s’est faite sans aucune intervention du divin savoir occidental. Il est temps d’inverser cette tendance au dénigrement en faisant le portrait de Guo Guangchang, le Warren Buffet chinois, fondateur de Fosun, qui n’est que le plus grand conglomérat privé de Chine continentale.

De fermier à milliardaire, le parcours d’un self-made-man chinois

Comme son alter ego outre-Atlantique, Guo Guangchang n’est parti de rien. Il est originaire du Zheijiang, l’une des régions les plus pauvres de la Chine, où il a vécu dans la ferme de son père. Il a réalisé son premier investissement alors qu’il était étudiant à Fudan en lançant des tests génétiques et un kit de diagnostic le dépistage de l’hépatite, ce qui lui rapporte très vite 100 millions de dollars.

Il multipliera ensuite les investissements dans divers secteurs, de celui des assurances à l’immobilier, en passant par les mines et le tourisme, en Chine, mais aussi à l’étranger, par l’intermédiaire de son groupe. En ce moment, le dirigeant défend l’offre amicale qu’il a relevée le 17 septembre face à l’italien Andrea Bonomi pour l’acquisition du Club Méditerranée, dont il est actionnaire depuis 2010 et pour lequel il compte poursuivre, dans la lignée des choix déjà réalisés par le dirigeant Henri Giscard d’Estaing, une stratégie de montée en gamme.

Aujourd’hui, la fortune de Guo Guangchang pèse plus de 2 milliards de dollars. 2 milliards de dollars qu’il ne doit qu’à lui-même, son succès reposant sur une véritable vision d’entrepreneur capable d’identifier et de saisir les opportunités d’affaires les plus lucratives, et qu’il ne tient d’aucun gourou occidental. La Chine et les pays asiatiques regorgent d’hommes de cette trempe. Leur prise de risque devrait inspirer davantage la France, qui se vante, non sans légitimité, de ses savoir-faire, mais qui oublie que sans audace et sans véritable initiative ces ressources restent lettre morte.

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